Wednesday, December 17, 2014

VOYAGE AU BOUT DE LA SOLITUDE. Par Issa Samba

VOYAGE AU BOUT DE LA SOLITUDE

Mor Faye n'est pas seulement aujourd'hui un peintre disparu. Son nom et son oeuvre sont ignorés de la plupart de ses contemporains. Et pourtant ce peintre obscur sénégalais est incontestablement l'un des précurseurs de l'art moderne africain. Son oeuvre s'est forgé une voie parallèle à celle de "l'Ecole de Dakar". Manifestement ses digressions poétiques, les formes ovales qui frôlent le cadre, les hachures, la spontanéité, la fougue et le vif de la couleur, les lignes nerveuses contenues dans son art dérangeaient les censeurs et commissaires. Sa façon de sentir et de comprendre le monde et les choses montre une correspondance particulière avec la réalité qui a caractérisé la vie d'une partie de l'oeuvre de Van Gogh.

Mor a développé avec la peinture une relation dans "l'abstraction-conséquence", le rapport intime qui s'est noué entre lui et la réalité est devenu plus important que tout, que la réalité elle-même.
Par suite de certaines difficultés relationnelles avec son environnement intellectuel et social, isolé par les exigences de la politique de l'art officiel, il entre dans une solitude, un silence insondable d'ou il ne ressort de temps en temps que pour définir clairement et en termes structuraux les rapports entre l'homme, son double et aussi avec les institutions.

C'est sans concessions, ni compromissions qu'il va, avec beaucoup de rigueur, associer un emploi du temps d'éducateur artistique contraignant avec celui d'un peintre de nuit trés fécond. Quelques centaines de tableaux et des poussières, sans compter le nombre impressionnant de piéces détruites pendant ses crises. J'en ai vu une quantité qui échappait à tout étiquetage, toute classification par rapport à la Négritude à la mode.

Un art de fraîcheur, de dérèglement des sens, grave démonstration de liberté individuelle et d'expression sous le regard étonné de feu Dembo Kanouté, historien-musicien.
Dommage!
Sur cette terrasse du "Chantilly", Mor, en ces années là a présenté des œuvres inimaginables. Chose caractéristique: la Négritude n'offrait aucun espace pour ce genre d'audace. Mor a réussi sans nul doute à créer un art différent en cachette; il a su prouver, avant de sombrer dans la maladie, que l'Afrique est une réalité magique traversée dans sa métamorphose de tragédies et de monstres.

Mor affronte résolument des problèmes plastiques formels, abstraits, il combat le figuratif. Paradoxalement, le voila qui aboutit à une espèce d'abstraction de l’éphémère, un peu comme Paul Klee en 1917. Période? Si c'est le cas, elle est belle et terrible à la fois, parce que suivie d'une "rupture". L'aggravation de sa maladie, la même que Van Gogh, un hasard? Le saura t-on jamais?

En tout cas, à la fin de sa vie, on le voit descendre dans un puits de couleurs, comme s'il voulait s'y suicider. Des structures et signes abstraits à l'infini, des taches désordonnées, pouvant faire penser à des camaïeux.

Mais Ay! ya ya ya! Quelle splendeur! Ces silhouettes de combattants dans la nature colorée, réminiscence d'images tangibles de pays connus, ou pourtant il ne s'est jamais rendu et puis....

Mor évoluant vers la mort me présente des œuvres, une affiche et me dit/ " Regarde, dans cette profondeur, il n'y a ni forme, ni style, ni nouveauté; seule importe ma liberté, celle de l'Afrique du Sud." 

Wednesday, December 3, 2014

L' Art n'est pas la Hiérarchie. Par MBaye Diop

Dakar, le 21 Mai 2003

Mr le Ministre,

Sujet: Réponse à la réunion de la Coalition des Artistes  du 19/05/2003

Je suis venu m'adresser à ma deuxième famille, les artistes, ici réunis avec vous, qui parlent d'art, parlent du beau et de paix, qui parlent d'amour, qui parlent de Dieu.

D'abord je m'adresse aux artistes: c'est bon de parler de quelqu'un, mais je crois que le respecter c'est encore mieux.

Je demande solennellement une minute de silence à la mémoire du grand protecteur des arts et lettres d'Afrique et même du monde, le patriarche Léopold Sédar Senghor.

Je pense que ce qui est important en ce moment pour les artistes réunis en général dans tous les domaines, c'est d'abord notre sécurité sociale, pour être sérieux. Beaucoup d'artistes, avant l'indépendance et après l'indépendance sont morts dans la misère et la pauvreté. Nous nous devons de nous poser la question actuellement, et nous réunir en premier lieu pour ça d'abord. 

Avant quoi que soit.

Mr le Ministre, vous avez autour de vous des personnes qui depuis l'ancien régime, se sont approprié la tutelle des artistes dans tous les domaines pour leur propre clan hiérarchique. Il est temps de leur faire savoir devant vous que ces artistes en face d'eux ne sont pas des marchandises au profit de leur soit disant représentant ou tutelle. 

L'art n'est pas la hiérarchie, la création est totalement différente.

Mr le Ministre, depuis combien de temps organisent-ils des Biennales? 2 ou 3 milliards au minimum de budget par an et au profit de qui? De leur clan et du gâchis.

Mr le Ministre, dans un grand pays de culture et de téranga comme le Sénégal, il n'y a même pas une Académie des Beaux Arts, ni une Ecole des Arts compétente!

La  Culture sénégalaise n'aura-t-elle donc plus de suivi après notre génération!!  

Il y a un petit coin de la Cité de l'ASECNA au Point E qu'on intitule l'Ecole Nationale des Beaux Arts, ou les élèves n'ont même pas de tubes de peinture ni nécessités indispensables, et avec toutes ces Biennales qu;ils ont organisées jusqu'à présent, ils auraient du construire une toute petite école des beaux arts du Sénégal.

Mr le Ministre, je m'adresse maintenant à vous.

 Vous avez en face de vous des artistes, des comédiens, des sculpteurs, des peintres, des cinéastes, des musiciens, des designers, des poètes, des danseurs, et l'ensemble de tous les arts qui représentent la culture sénégalaise.

Vous avez un ministère, vous avez des experts, vous avez des juristes. 

Il y a des critiques d'art dans le pays...

Mais, Mr le Ministre, organisez un Bureau! et que les artistes dans tous les domaines qui ont des projets et qui ont même déjà réalisé quelque chose, avec des preuves concrètes soient directement aidés pour leur talent et leur mérite sans favoritisme, que ce soit par groupe ou par individualité, En ce moment l'aide sera directement canalisée sans parti pris ni favoritisme avec des preuves concrètes.

Mais si vous leur donnez un budget communautaire pour tous les artistes, les contribuables ne verront rien car ils seront ruinés. La preuve, depuis qu'ils organisent des biennales, la confiance de l'Etat a été déçue. Ils se sont partagé le gâteau, et ce sont ces mêmes personnes qui sont autour de vous. 

Vous les avez un peu disloqué avec le nouveau régime, mais pas totalement.

Voila ma vision des choses, Mr le Ministre, avec toutes les preuves que j'ai pour mon pays, je vous prie de tenir considération de ma déclaration au nom de tous les artistes de mon pays, dans tous les domaines.

MBaye Diop
Artiste-Peintre
Grand Prix du Chef de l'Etat pour les Arts 

Friday, September 19, 2014

Droits des Usagers des Services bancaires  Part 4 (suite et fin)


IV.              DES MESURES ET RUPTURES NECESSAIRES A UNE VERITABLE INCLUSION FINANCIERE DES POPULATIONS

L’atteinte de l’objectif d’inclusion financière des populations,  et d’accélération de la bancarisation et du financement bancaire des Etats membres de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) prônés par la BCEAO à travers ce type de mesures ne saurait prospérer que si la réglementation bancaire actuelle est  respectée et surveillée . Il en est de même que l’application du principe qui veut que chaque rémunération doive correspondre à un service ou à un produit demandé en dehors des services de base qui relèvent plus des conditions de fonctionnement des comptes que de services ou produits bancaires. En dehors de ce qui précède un système inclusif nécessite entre autres :
·         La généralisation des conventions de compte qui permet au client de mieux connaitre les conditions de sa relation avec la Banque au moment où cette obligation est très peu respectée par les banques
·         Le respect d’un droit au compte avec un minimum de services de base gratuits
·         Les mesures qui favorisent la mobilité des clients pour leur permettre de bénéficier des effets de la concurrence sur le marché
·         L’amélioration de l’information des usagers sur les couts des produits et services qui leur sont  proposés
·         La transmission au client de relevés périodiques et d’un récapitulatif annuel des frais qui constitue une obligation que pratiquement aucune banque ne respecte
·         La poursuite de la lutte contre certaines pratiques abusives et sans base légal comme la réclamation de frais pour des attestations de non engagement auprès des banques par exemple.
Toutes ces mesures fondatrices d’un système financier inclusif ne se mettront en place que dans le cadre d’une concertation tripartite (Banques - Association d’usagers de Banque et Banque Centrale) au sein de laquelle chacune des parties jouera pleinement et de manière responsable son rôle.

V.                DES RUPTURES NECESSAIRES POUR UNE VERITABLE INCLUSION FINANCIERE DES POPULATIONS

Au total, la recherche annoncée par la BCEAO « du renforcement de l’inclusion financière de la population, de l’accélération de la bancarisation et du financement bancaire de notre économie », ne saurait se réaliser à travers ce type de « mesures de gratuité » ou de « tarification modérée annoncée » mais  devrait l’être à travers des perspectives de des ruptures fondamentales au niveau des autorités quant à leur  perception de la relation  banque clientèle,  à travers :
·         Une nouvelle conception de la notion de libéralisation qui ne devrait pas se limiter à une non intervention dans la relation banque client mais ; à inciter la BCEAO à jouer un rôle de régulateur, en tant que garant de l’intérêt général, parce que dépositaire de la délégation de pouvoirs de ses états membres et non, comme jusqu’ici annoncé « dans le strict respect de la libéralisation des conditions de banques en vigueur dans l’Union ».
·         Une plus grande considération et implication dans les processus de décision de la clientèle qui constitue le socle et le principal bénéficiaire du système financier. Cette implication de la clientèle permettra un plus grand respect des droits et obligations des parties et améliorera les prises de décision dans l’intérêt du système financier et non en faveur d’intérêts corporatistes.

En dehors de ces deux (2) ruptures fondamentales ; l’inclusion financière des populations passera par le respect par toutes les parties de la réglementation ainsi que des droits et obligations des parties, sous un système de surveillance efficace,  ainsi que par les mesures de base efficaces pour une véritable inclusion financière des populations ci-dessus énoncés.

Tuesday, September 16, 2014

Droits des Usagers des services bancaires. Part 3.



LE CONTENU : DES DROITS DES USAGERS LONGTEMPS BAFOUES ET AUJOURD’HUI PRÉSENTÉS COMME DES FAVEURS ACCORDÉES

En passant en revue les 19 gratuités annoncées , on se rend compte qu’elles ne relèvent pas d’une générosité subite ou d’une quelconque politique d’inclusion financière mais d’une prise de conscience par les Banques de perceptions indues insupportables et sans aucun fondement juridique  ; d’une volonté nouvelle des banques de respecter des obligations envers la clientèle et/ou de corriger des pratiques abusives ; ou d’un simple bol d’air apporté à la proie pour ne pas trop l’asphyxier et finalement la perdre.

Au niveau des comptes d’épargne (ouverture, délivrance de livret et tenue de compte) :
La perception de commissions et de frais sur un compte sur livret, qui, du fait de sa vocation de compte d’épargne appelle un suivi et une confrontation des écritures par la banque et le client à travers un livret de compte ne peut nullement être analysée comme un service ou un produit bancaire ; mais uniquement comme une modalité de fonctionnement et de traçabilité de compte bancaire.

Au niveau de la transmission de relevé de compte (une fois par mois) et d’un relevé récapitulatif des frais annuels
L’une des obligations premières de la banque, gestionnaire de compte est  d’informer le client sous des formes non définies expressément. Ainsi, les banques avaient dans leur quasi totalité opté pour la production de relevés de compte périodiques (mensuels, trimestriels) qui étaient envoyés gratuitement aux clients et qui retraçaient les écritures de la période. Au fur et à mesure de l’évolution et en l’absence de surveillance du secteur, certaines banques se sont affranchies de cette obligation en commençant, par faire payer ce droit des usagers à l’information. Certaines banques qu’il serait inutile de citer ici, ne transmettent pas de relevé de compte au Client et lui demandent de s’abonner à leurs services de banque en ligne .Quant  au « relève récapitulatif des frais annuels », bien qu’étant une obligation, la quasi-totalité des banques l’ignore et aucune sanction ne leur a été appliqué. En lieu et place d’annoncer leur gratuité, ne serait il pas plus judicieux de veiller à leur effectivité ?.
Au niveau du dépôt d’espèces ou du retrait d’espèces dans un guichet autre de la banque du client


La banque doit assurer un service de caisse pour permettre les dépôts et retraits des clients, le client ouvre son compte auprès d’une l’institution qui a une obligation de restitution des dépôts de la clientèle à la demande en tout lieu d’exercice (siège, guichet, agence) ; par tout moyen (cheque personnel, de guichet, carte) et aux heures d’ouverture.

Pendant des années et sans aucun fondement, les banques ont développé une politique d’ouverture de guichets à travers la ville de Dakar et ont prélevé des frais  de 1000fcfa à 3000 fcfa/sur des opérations effectuées dans des guichets autres que ceux ou il a ouvert son compte et dans la même banque. Cette pratique sans fondement a porté de graves préjudices à la clientèle devant le silence complice des Autorités. Il serait intéressant d’étudier le préjudice subi par les usagers du fait de cette pratique sachant que des dizaines milliers de chèques peuvent être concernés par jour , rien que sur la place de Dakar.

Au niveau de la domiciliation de salaire, de la mise en place d’une autorisation de prélèvement (ordre de prélèvement à partir du compte) ou de virement permanent (création du dossier) 

Ces opérations nous paraissent, dans toute la batterie des mesures annoncées, les seules qui ont un fondement parce que constituant un service demandé par le client. Les rendre gratuits permettra d’alléger les charges qui pèsent sur la clientèle.

Au niveau du changement d’éléments constitutifs du dossier du client (éléments d’identification notamment),

Il s’agit ici d’un point d’attention qui caractérise les abus des banques et qui frisent l’absurdité parce que la banque a le plus intérêt à ce que les éléments constitutifs du dossier de son client soient à jour. Cette gratuité devra être rangée au profit de la  banque et non du client.

Au niveau des frais de clôture de compte.

Cette pratique qui s’est développée ces dernières années démontre largement les pratiques abusives des Banques qui ont voulu ignorer un principe de base du droit des obligations qui est la liberté des parties de contracter ou d’y mettre un terme à tout moment si les obligations des parties sont respectées . Cette pratique constitue aussi un obstacle à la mobilité des usagers qui devrait leur permettre de bénéficier des effets de la concurrence.

Au niveau des moyens et opérations de paiement, les 6 gratuités annoncées portent sur :

Le retrait auprès d’un guichet automatique (GAB/DAB) de la banque du client et le  paiement par carte bancaire au sein de l’UEMOA que les banques elles mêmes avaient développé pour mettre à la disposition des usagers leurs avoirs à moindre coût tout en multipliant leurs opérations.

La consultation de solde et l’édition du relevé de solde au GAB/DAB) dans la banque du client qui relève de l’obligation de fournir l’information par la banque
Le virement de compte à compte dans une même banque qui n’engendre aucun mouvement de fonds.

L’encaissement de cheque tirés sur une banque de l’Union.

L’encaissement de virements nationaux, communautaires et internationaux.

Au niveau de la banque en ligne deux gratuités ont été annoncées sur les avis de crédit et de débit par voie électronique ainsi que la consultation et  l’édition du solde et de l’historique du compte à travers le GAB/DAB de la banque du client.

Ces gratuités annoncées relèvent simplement d’une intention des banques de respecter leur obligation d’information et non d’une quelconque facilité accordée à l’usager. La réception d’avis de crédit et de débit ou la consultation et l’édition du solde et d l’historique du compte à travers le GAB /DAB de la Banque du client constituent  un droit du Client non respecté par les Banques.

Saturday, September 13, 2014

Au Service des Usagers/ Consommateurs des Services Bancaires (suite)






Le communiqué du Gouverneur de la BCEAO paru dans la presse courant août 2014 et intitulé « Liste des services bancaires offerts à titre gratuit par les établissements de crédit de l’UMOA à compter sur 1er octobre 2014 » , nous invite à réfléchir sur son contexte ainsi que son contenu et ses perspectives ; à travers une analyse de sa forme qui laisse apparaître un déséquilibre dans les relations entre banques et clients qui découle, de la non participation des usagers aux processus de prise de décision. Elle met aussi à jour, une véritable collusion entre la Banque Centrale censée surveiller et contrôler le secteur bancaire et les banques primaires qui poussent la BCEAO à jouer, à travers ce communiqué, le rôle de leur « porte voix ».

Part 2.

UNE FORME DE COMMUNICATION QUI DÉNOTE UN DÉSÉQUILIBRE CRIARD ENTRE LES PARTIES A LA RELATION

Le déséquilibre longtemps décrié par les associations de consommateurs de services financiers se traduit au double niveau de l’absence de leur implication dans ce dialogue entre la Banque Centrale et les Banques primaires ; et l’inadéquation du mode de communication des mesures

2.1   Une absence de concertation des autorités de la BCEAO et des Banques avec les usagers
En annonçant  que cette décision a été prise de concert avec "la profession bancaire, représentée par la Fédération des Associations Professionnelles des Banques et Etablissements Financiers (FAPBEF) de l’UEMOA", le gouverneur de la BCEAO confirme  la non implication dans le processus des usagers qui sont les principaux bénéficiaires  du système financier , et qui  quoiqu’on veuille, en constituent le socle et le vivier  ; et ceci ,en contradiction avec les déclarations des autorités et des partenaires au développement qui favorisent l’implication des usagers et consommateurs dans les processus décisionnels .
Le déséquilibre dans la relation est accentué par le fait que la BCEAO et les Banques pensent pouvoir décider de qui est bon pour le consommateur alors qu’elles ont toutes les deux, des intérêts qui ne convergent que rarement avec ceux des usagers.

2.2  Une  communication inappropriée des mesures annoncées
La présentation de cette « généreuse offre » ainsi que l’annonce d’une « tarification modérée d’autres services » devrait émaner des Etablissements de crédit censés les appliquer. Ceci éviterait à la BCEAO,  de se présenter au public comme « le porte voix des Etablissements de crédit de l’UEMOA »,  alors qu’elle n’est en aucun cas, garante de l’application de ces mesures.

2.3   Un retour de la BCEAO dans sa sphère de compétence
Le communiqué de la BCEAO consacre cependant une évolution positive de la BCEAO qui, après plus de 20 ans de neutralité bienveillante, s’intéresse à la tarification des services bancaires dont elle n’aurait jamais dû se départie
En attendant l’application effective des dix neuf (19) « services bancaires gratuits » annoncés et portant sur l’ouverture, le fonctionnement, la clôture du compte (11) ,  des opérations et moyens de paiements (6) et  la banque en ligne (2) l’association des usagers de banques et se services financiers -l ’ASUB/SF  qui ne cesse de lutter contre les pratiques abusives bancaires se réjouit de cette initiative et réaffirme sa détermination à poursuivre sa lutte contre les pratiques abusives des banques , parce que convaincue que ces mesures ne sont pas nées d’un élan de générosité de la BCEAO et des associations professionnelle de banques et de services financiers des (APBEF) de l’UEMOA, mais de leur prise de conscience de devoir répondre de plus en plus, à des organisations de consommateurs, mieux outillées techniquement qui ont pris en charge les questions qui les concernent et sauront mener à terme les batailles engagées.
Elle apprécie aussi cette démarche comme une volonté de la BCEAO de revenir à sa sphère de compétence qu’elle n’aurait du quitter.

A Suivre...

Tuesday, September 9, 2014

Contexte, Forme, Contenu et Perspectives des Mesures de Gratuité de Services des Banques de l' UEMOA; (Part 1). Par Cheikh MBacké Diokhané.

CONTEXTE, FORME, CONTENU ET PERSPECTIVES DES MESURES DE GRATUITE DE SERVICES BANCAIRES POUR LA CLIENTÈLE  DES BANQUES  DE L’UMOA.


Monsieur Cheickh Mbacke Diokhane
Secrétaire exécutif de l’Association Sénégalaise des Usagers de Banques et des Services Financiers (ASUB/SF)



Le communiqué du Gouverneur de la BCEAO paru dans la presse courant août 2014 et intitulé « Liste des services bancaires offerts à titre gratuit par les établissements de crédit de l’UMOA à compter sur 1er octobre 2014 » , nous invite à réfléchir sur son contexte ainsi que son contenu et ses perspectives ; à travers une analyse de sa forme qui laisse apparaître un déséquilibre dans les relations entre banques et clients qui découle, de la non participation des usagers aux processus de prise de décision. Elle met aussi à jour, une véritable collusion entre la Banque Centrale censée surveiller et contrôler le secteur bancaire et les banques primaires qui poussent la BCEAO à jouer, à travers ce communiqué, le rôle de leur « porte voix ».



I.                    UNE INTERVENTION DE LA BCEAO DANS LES CONDITIONS DE BANQUE APRES UN MUTISME DE PLUS DE 20 ANS ET SOUS UNE FORME INAPPROPRIEE

1.1  Une intervention de la BCEAO sur les conditions de banque dans un contexte de libéralisation qui date de 20 ans

La revue du fond du communiqué laisse apparaître une liste de 19 opérations ou  services subitement devenus gratuits alors qu’ ils n’auraient jamais dû être payants  par défaut de fondement légal et qui n’ont pu prospérer qu’à cause d’une politique de libéralisation des conditions de Banque dans l’UEMOA, instituée en 1991 et basée sur le seul principe de la libre négociation des conditions entre les Banques et leur clientèle,  sans aucun mécanisme de surveillance ou de régulation.
Depuis plus de 20 années , la BCEAO avait au nom de cette libéralisation , adopté une position de neutralité bienveillante vis-à-vis des banques et de non intervention sur la tarification qui ont permis aux Banques d’imposer aux usagers des conditions de banque selon leurs intérêts propres ; sans pour autant respecter leurs obligations vis-à-vis de la réglementation bancaire et de leur relation contractuelle avec le Client.
Il convient de faire un bref rappel du cadre réglementaire er contractuel de la relation entre les banques et les clients (I) ; d’analyser les principaux facteurs de déséquilibre dans la relation qui favorisent le non respect des droits des usagers (II) ainsi que les mesures de gratuité annoncées à l’aune des droits et obligations des parties (faveurs ou cessation de viols répétés de droits) (III) ; pour dessiner les contours d’un système minimal d’inclusion financière (IV) ; et conclure sur les perspectives d’un système financier inclusif.

1.2   Un  cadre juridique, comptable et financier  normé et non respecté
Les droits et obligations de la Banque et de la clientèle naissent de la volonté des parties, matérialisée dans le cadre d’un contrat de compte bancaire qui est à la fois un instrument d’identification des écritures des parties (types d’opérations, date, montant, ..), de comptabilisation des opérations (crédit, débit,… et solde) ; et  de règlement entre les parties (créances et dettes). Ce contrat fait naître les droits et obligations des parties et,  la cause de l’obligation de l’une des parties naît de l’obligation de l’autre partie. En conséquence, tout paiement d’intérêts, de commissions ou de frais de quelque nature qu’elle soit, résulte soit de l’utilisation d’un service ou de l’acquisition d’un produit.
La relation entre le client et la banque doit ainsi être matérialisée par une convention de compte bancaire qui offre à la clientèle, un ensemble de services et de produits bancaires (sécurisation et la mise à disposition de avoirs, possibilité de satisfaction de besoins de financements, accès à des produits ; information et conseils) en contrepartie desquels , la Banque est rémunérée à travers un barème accepté des parties , qui en dehors de la rémunération de l’Etat (TOB de 17%) , est composé de :  
·         rémunérations fixes périodiques (frais de tenue de compte) qui naissent du seul fait de l’existence de la relation. La rémunération fixe a pour contrepartie un ensemble de services de base de tenue et d’information du compte bancaire
·         rémunération variable en fonction des utilisations du client.
Le cadre ci dessus décrit, détermine les droits et obligations des parties et étant placés sous la surveillance de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

(A suivre...)

Thursday, April 17, 2014

Odysée Gorée-New York




Un jour de l'an 2007 14 jeunes Sénégalais traversèrent l'Atlantique sur une frêle embarcation, munis de leurs maigres provisions et d'un GPS. Après un périple de 47 jours, ils atteignirent les cotes d' Amérique, en plein hiver  furent arrêtés, et mis en prision dans le New Jersey.

Une pétition en leur faveur fut organisée, qui recueillit plusieurs centaines de signatures de New Yorkers concernés et admiratifs

Avec le profil bas adopté par l'ambassade et le consulat du Sénégal, notre communauté dakaroise de Brooklyn organisa une collecte de fonds, une campagne de presse, ainsi que des visites réguliéres à la prison de Elizabeth Detention Center dans le New Jersey, pour assister et réconforter ces jeunes et braves guerriers.

Notre pétition fut adressée aux sénateurs Barack Obama et Hillary Clinton, qui, à l'époque, se disputaient l'investiture démocrate, et soulignait le fait que si ces jeunes étaient venus de Cuba, ou de Kosovo, ils auraient reçu un accueil plus humain. 

Nous rappellions aussi que l'emprisonnement de ces jeunes Sénégalais ne se justifiait pas car ils n'avaient pas commis de crime, et que cette mesure était en contradiction avec la tradition américaine symbolisée par l'accueil que la Statue de la Liberté promettait:"Give me your poor, give me your braves".

Après quelques mois de détention, ils furent tous libérés et rapatriés vers le Sénégal, à l'exception d'un seul qui de nos jours vit et travaille à New York.

Un grand merci à la communauté de Brooklyn, notamment Mme Letitia James, City Council Member, Mr John Wilkinson de l'organisation caritative Sojourner, la communauté artistique et littéraire, et Chef Pierre Thiam du restaurant Grand Dakar, dont le livre d'or fut "confisqué" pour les besoins de la cause, puisqu'ayant servi à recueillir les signatures.

L'article de la journaliste Leslie Ann Murray ci-après, publié dans l'hebdomadaire Amsterdam News  basé à Harlem, relate l'extraordinaire odyssée de ces jeunes Jambars du Sénégal,.



14 Senegalese shipwrecked off Brooklyn in search of economic freedom
By Leslie Ann Murray, Amsterdam News, 29 March 2007. English Language.

Imagine being stuck in the middle of the Atlantic Ocean for almost three months on a catamaran with nothing to eat, quenching your starvation with salt water, and seeing many of your fellow boat-mates deteriorate. The vast ocean becomes their final resting place.

This was not an American endurance reality show sponsored by Royal Caribbean Cruises. Instead, for the 14 surviving Senegalese men who endured a treacherous 47-day journey from West Africa, their quest for economic asylum equates their life.





On January 28, the M/V OOCL Melbourne, a merchant ship in transit from Europe to the Red Hook shipping terminal in Brooklyn, spotted a distressed boat carrying 14 passengers.

The 50-foot stranded motorboat was 800 miles off Cape Cod, Massachusetts, when the captain of the Melbourne saw the 14 Senegalese on a catamaran. The captain then sailed his vessel toward the catamaran, which sported the U.K. flag.

The men, ages from 23 to 43, were detained in the ship’s gymnasium until security checks by the Melbourne crew were preformed.

Although the trans-Atlantic trip reaped havoc, both physically and mentality, in the 14 Senegalese, Lucille Cirillo of the U.S. Customs and Boarder Protection, said, “They were in relatively good condition, based in their circumstances. They were just a bit malnourished.”

The 14 Senegalese did not posses valid U.S. visas; many of them carried their passports and Senegalese identification cards, and some held no credentials.

After the men were rescued aboard the Melbourne, their decrepit boat finally gave way to the depths of the Atlantic Ocean.

Trips of this magnitude are not decided on a whim; they are strategically planned and the destination routes mapped out months in advance. Although the boat appeared rickety, often yachts, such as the one carrying 14 Senegalese, are equipped with modern GPS tracking systems.

Usually disenchanted Senegalese men, who leave their country for economic opportunity via motorboats, typically sail 910 miles away to the Canary Islands, a former colony of Spain.

In an attempt to curve the so-called illegal immigration, Spain granted residency to over 700,000 foreigners in 2005. The Spanish authorities have joined forces with the Senegalese government to create the African Plan, wherein Spain will repatriate illegal immigrants in return for assisting legal Senegalese immigrants to find sustainable employment on the island.

As the Canary Islands starts to tighten their entrance routes, similar to when the Moroccan government established more rigid border patrols along its northern coast and customary Sahara Desert route, Idrahima Diafoumd, president of the Senegalese Association of America, said more Senegalese may just attempt the voyage to America.

“Even if they close the borders, they will find the means to get out. If the government is not willing to find an economic solution for the youth problem, they will go,” Diafoumed said. “How can you be at 28 to 30, and living at your mommy and daddy’s house, and never work a day in your life? Sometimes, these men have a moral obligation to go; this is one of the reasons why people are leaving.”

Critics of Abdoulye Wade’s administration, the newly reelected president of Senegal, say that the 80-year-old leader has not built an economic infrastructure in the country, resulting in many Senegalese leaving the country via dangerous avenue to achieve financial progress.

Senegalese men, who survive the trip from their country’s port of exit to the Canary Islands, typically end up working in the informal sectors as street peddlers and in vineyards.

Bara Diokhane, a Senegalese artist who recently debuted one of his collections at the MOCADA art gallery in Brooklyn, dedicated his piece “Barsax” to Senegalese migrant grape pickers in Spain. Diokhane said Senegalese men are “the new victims of the economic war in Senegal, which creates refugees.”

“When 20 men make it, that means 50 died in the ocean,” Diokhane stated. “These guys are really heroes to survive coming from Africa.”

Because of the secretive nature of these trips, the number of fatalities is often unknown, and they are not recorded by the Senegalese government. Fortunately, for the 14 Senegalese, all on board managed to survive the treacherous trip.





This long journey on a dilapidated yacht from Africa to New York is an unusual case. Typically, this happens in Miami and San Juan, where immigrants from the Caribbean use catamarans to make the trek over to the United States, Cirillo stated. These men were specifically bound for New York. “They were just looking to hit shore, get off their boat and find jobs.”

John Wilkinson of Nah We Yone, an organization that helps displaced Africans who reside in the United States, regularly visits the detainees for counseling and aiding them in attainting legal representation.

Wilkinson said though some of the 14 Senegalese had family in New York City, they never told them about their trip.


“The relatives that I spoke to were stunned that they were here,” Wilkinson said. “They didn’t tell anyone that they were coming; all they had was their phone numbers and addresses.”

Many Senegalese men who voyage to Spain (and in this case, the United States) by boat are often smuggled onto these vessels by local fishermen. These fishermen, who once had free reign of the coastline, are unable to fish properly due to the Fisheries Partnership Agreements with the Senegalese and western governments.

The fisheries agreement allows foreign industrial boats (unusually European and American) to fish unrestrictedly. Because many of these foreign boats fish excessively in Senegalese waters, it becomes difficult for local fisherman to sustain their livelihood.

Senegalese migrants pay an estimated $300 to $500 to local fisherman for their voyage to the west.

Although U.S. Immigration and Custom Enforcement (ICE) did not want to confirm, Wilkinson said that two of the 14 Senegalese men were deported back to Senegal, adding that ICE “told us that two men didn’t give answers indicating that they wanted to stay in America; I am skeptical of this.”

Seven of the men have already seen an immigration judge and have asked for more time to find attorneys. Meanwhile, five of them still have not seen immigration judges, and Wilkinson fears that they will also be deported to Senegal.

Twelve of the Senegalese men remain in the custody of Immigration and Custom Enforcement, staying in a detention camp in Elizabeth, New Jersey.

Cheikh Niang, the Senegalese consulate general on New York City, was unable to comment on the situation. He simply said that the government in Senegal is aware of the case.



Tuesday, March 25, 2014

Etat de Droit, Etats de lois. Bara Diokhané

Les chiffres sont si effarants qu'on croirait à une farce de mauvais gout.

 Mais ils nous sont fournis par une source on ne peut plus officielle et autorisée, à savoir le haut fonctionnaire sénégalais au titre ronflant de Directeur de la surveillance et du contrôle de l'occupation du sol (DSCOS.

Selon le terrible aveu de ce haut responsable de l'administration centrale sénégalaise" sur dix bâtiments en construction à Dakar, les six ne sont pas autorisés."!

Choquant, non?

A voir les chantiers anarchiques défigurer le visage de la capitale en permanence, il est sidérant d'apprendre qu'une telle autorité, chargée de la "surveillance et du contrôle de l'occupation existe dans ce pays.

Monsieur le haut fonctionnaire aurait pu aussi ajouter que ces violations intolérables sont commises au vu et au su de out le monde, car tout Dakarois voit ces chantiers jaillir, et ces immeubles être démolis, sans qu'on ne voit sur ces chantiers un panneau visible mentionnant la date et le numéro de l'autorisation de construire, ainsi que l'administration qui l'a autorisée, et les maître d'oeuvre et/ou d'ouvrage.

L'effarante proportion de la fraude, à savoir 60%, ne dit pas autre chose qu' en matière d'urbanisme à Dakar, la fraude et l'informel demeurent la norme.

Pourtant il existe au Sénégal tout un arsenal législatif, notamment le Code de l'Urbanisme, qui proclame clairement que "nul ne peut entreprendre, sans autorisation administrative une construction de quelque nature que ce soit ou apporter des modifications à des constructions existantes sur le territoire des communes."

Si malgré cette disposition législative formelle et sans ambages, 60% des bâtiments sont construits sans autorisation, c'est qu'il y a un sérieux problème d'applicabilité des lois.

Et c'est là où éclate la différence entre un Etat de Droit, où la loi s'applique en cas de violation, quelque soit et un Etat de lois

Aux termes de l'article 85 alinéa 4 du Code de l'Urbanisme:


"Toute personne qui réalise ou entreprend; fait réaliser ou entreprendre, modifie ou fait modifier des constructions ou installations sans autorisation administrative ou en violation des dispositions législatives ou réglementaires en vigueur, est punie d'une amende de 100 000 à 10 000 000 francs."


"Lorsque les constructions ou installations ont été entreprises ou réalisées dans une zone non lotie, les peines sont une amende de 100 000 à 2 000 000 francs e un emprisonnement de dix mois à deux ans ou de l'une de ces deux peines seulement."

Le tribunal peut, sur requête de l'administration ou d'office, ordonner la démolition des constructions édifiées en contravention des dispositions applicables, et la remise en état aux frais du condamné.."

Ce ne sont donc pas les moyens qui manquent, sur le plan juridique, du moins,pour faire face à ces violations.



L'Etat du Sénégal saisira t-il ou non les tribunaux, et ordonner la démolition?

La Justice va t-elle se saisir d'office de la question?

La représentation parlementaire va t-elle ordonner des enquêtes?

Les réactions de ces différentes institutions de la Chose Publique face à cette situation de violations massives du Code de l'Urbanisme, probablement facilitées par des complicités passives ou actives
"d' insiders" véreux, sera un indicateur pertinent du poids actuel du Sénégal dans la balance.

 Etat de Droit ou Etat de lois?

Bara Diokhané
www.facebook.com/rendakpla

Monday, March 17, 2014

L'Avocat et les Droits Humains (Part 3)





Quand ils se trouvent dans une société comme la notre, dans un Etat de droit comme celui qui règne dans les sociétés occidentales, leur rôle est de vigilance, sans doute, mais au fond il n'est pas très difficile à assumer, car il ne demande que de la lucidité et de la précision; veiller à ce que les droits de la défense soient respectés. Tel est le premier devoir de l'avocat, même si cela cause quelques impatiences en lisant le résultat dans la presse du soir, à celui qui saura qu'il aura à répondre ensuite devant le parlement d'une interpellation furieuse à propos de telle annulation, de telle instruction qui a entraîné la mise en liberté justifiée en droit de telle personne dont la seule libération suscite la mobilisation de l'opinion publique...

...Mais je marque sur ce point que j'étais sûr - point n'avais je besoin pour cela de faire de pari avec moi-même, et je m'en réjouissais à l'avance- que nous verrions un criminel contre l'humanité détenu dans les prisons françaises, qui laissait trace dans l'histoire de notre pays, ne pas manquer de se précipiter pour exercer le recours individuel à Strasbourg. Je m'en réjouissais parce que j'y voyais une symbolique formidable. Telle était sa conception à lui des Droits Humains et voilà que nous lui offrons cette garantie de plus! C'était bien la victoire du Droit et de la Démocratie...

...Dans le respect des Droits Humains, si le rôle des avocats est constant, dans nos sociétés, le rôle des magistrats qui sont, je le rappelle, constitutionnellement les gardiens des libertés individuelles, n'est pas moindre, et je me plais à le dire ici et à la place où je me trouve. La jurisprudence, la vigilance avec laquelle les magistrats assurent en France et dans les sociétés occidentales le respect des garanties de l'Etat de Droit., c'est à dire les garanties des Droits Humains, font qu'ils sont comme les avocats dans nos sociétés, au premier rang de la défense des libertés individuelles et dans la mesure où elles pourraient se voir par accident compromises, au premier de la défense des Droits Humains. De même dans l'ordre international, mais ce n'est pas toujours ainsi.

C'est peut-être au moment où change le mouvement de l'histoire, ou bien dans d'autres pays où les citoyens ne bénéficient pas des mêmes garanties et où les Droits Humains ne sont qu'une référence commode à fin de consommation extérieure, c'est dans ces moments-là et dans ces sociétés-là que le rôle de l'avocat devient important, difficile et dangereux.

Il en est toujours ainsi pour les femmes et les hommes de liberté, quand les libertés sont effectivement et pas seulement aux fins de discours politique, purement compromises ou qu'elles sont écrasées, à cet instant-là il faut assumer des risques majeurs.

S'agissant des avocats, quand ces heures-là viennent, alors ils sont les premiers interpellés, parce qu'ils se trouvent les premiers à avoir à assumer dans les palais que l'on ne peut plus appeler de justice, des causes où il leur faut soutenir envers et contre tout, et les droits de la défense et les Droits Humains.

J'ai maintenant derrière moi un certain nombre de décennies qui m'interdisent de prétendre, même si on prolongeait sévèrement l'outrance, de prétendre être un jeune avocat, mais dans cette carrière, mes souvenirs les plus vifs s'inscrivent, au-delà de la frontière, dans d'autres enceintes judiciaires, auprès d'autres avocats, hommes et femmes que je salue ici et que j'ai vu au péril de leur vie et de la sûreté des leurs, de leurs enfants, prendre pour le service des Droits Humains des risques qui pour certains se sont avérés mortels.

Je transporte avec moi une sorte de liste personnelle, et c'est en pensant à ces avocats car il y en avait, et à ces avocats là, car ils étaient là, que je rejoins les paroles que vous avez prononcées, Mr le Bâtonnier Favreau et Mr le Président Cahen.

Puissent leurs pensées être toujours avec nous. 

Robert Badinter

Avocats et Droits Humains (Part 2)





Suite Discours de Mr Robert Badinter, Garde des Sceaux. 22e Congrés AIJA. Bordeaux 1984


Alors, deux cent après, où en sommes nous?

S'agissant de l'idéologie elle même, son triomphe est éclatant.

Il est tout à fait significatif, qu'en 1947, la Déclaration Universelle soit intervenue. Jusque là, on n'éprouvait pas le besoin de proclamer ainsi à la face du monde que les Droits Humains étaient la dimension morale de tous les régimes qui venaient d'abattre ceux qui se réclamaient d'une telle idéologie entièrement différente, fondée sur le racisme, la violence, l'arbitraire et la force.

A partir de la Déclaration Universelle, vous avez, se succédant dans la conscience internationale, une série de proclamations et de déclarations dont je ne vais pas reprendre l'inventaire, sauf, dans un instant pour dégager le sens de la transformation intervenue.Cet ensemble de déclarations est bien la marque qu'il s'est fait une sorte de consensus mondial autour du principe que les Droits Humains doivent gouverner la Société Humaine. Il y a certes aujourd'hui même quelques apparitions d'une idéologie contraire dans certains pays.

Mais, finalement, vous constaterez que, s'agissant de ce que l'on peut appeler justement la Conscience Internationale, c'est au regard des Droits Humains que chaque pays accepte ou revendique d'être jugé avec cependant la triste remarque le plus souvent lorsqu'on assiste aux congrès internationaux- pas bien entendu ceux de l'Association Internationale des Jeunes Avocats, je parle de ceux où les puissances s'affrontent- on se dit, en écoutant ce qui se dit à la tribune et en réfléchissant à ce qui se passe dans le pays de l'intervenant, que le tribut payé aux Droits Humains est communément l'hommage du vice à la vertu, plus que la réalité de la pratique ordinaire. Ils demeurent tout de même la force morale reconnue...

..Nous sommes passés dans l'ordre juridique international, de l'ordre moral à l'ordre de droit. Et ce progrès là est considérable. C'est pourquoi j'ai ressenti, je le dis très franchement, un sentiment de si grande fierté pour la France, et de si grand accomplissement personnel à un instant d'une carrière ministérielle très brève, à coté de la votre, Mr le Maire, mais relativement agitée.

Et lorsque je me suis trouvé à Strasbourg, à l'instant où, au nom du Gouvernement français, nous avons enfin, avec Mr Chandernagor, levé les réserves à l'exercice du recours individuel, j'ai eu le sentiment très profond qu'à cet instant là, nous entrions dans une dimension nouvelle de l'ordre juridique français, en y insérant cette donnée irremplaçable: la garantie internationale du respect des Droits Humains, au delà même de nos juridictions nationales.

Donc, changement, avec ce passage évidemment limité, puisqu'il s'agit pour nous uniquement de la Convention Européenne, de l'ordre moral à l'ordre juridique.

Alors, ce dernier adjectif me permet de rebondir: les Avocats, au regard de cette extension des Droits Humains, de cette prise de conscience, quel est leur rôle? Mieux vaut peut-être utiliser le terme: leur mission?


A suivre....

L' Avocat et les Droits Humains. (Part 1)







Extraits Discours prononcé par Mr Robert Badinter, Garde des Sceaux au 22e  Congrès de l'Association Internationale des Jeunes Avocats. Bordeaux 1984

Pour parler des rapports de l' Avocat et les Droits Humains, mieux vaut dire les choses clairement: les Droits Humains, qu'est ce?

Eh bien, je vais utiliser un terme qui, curieusement,  semble avoir singulièrement la défaveur en ce moment d'une partie du public,  voire même de certains intellectuels: les Droits Humains,  au départ,  c'est une idéologie,  c'est une éthique en même temps qu'une conception du monde, c'est, à ce dernier titre une idéologie. 

Il en est de bonnes et de mauvaises, mais s'il n'y avait plus d'idéologie en ce monde, à quoi d'une part serviraient les intellectuels et vers quoi d'autre part tendraient tous ceux qui peuvent se faire une conception différente et meilleure du monde?

Donc une idéologie, et une idéologie qui a cette caractéristique d'être fortement empreinte d'éthique.

Les Avocats n'y ont pas été, du moins dans la formulation d'origine, tout à fait étrangers.

Jefferson, vérification faite, avait été avocat au barreau de Virginie. Par conséquent,  nous pouvons dire avec quelque assurance que la première Déclaration des droits humains qui a vu le jour en Occident a été pour l'essentiel écrite par un avocat qui ensuite, évidemment, s' était consacré à la politique et aussi, il faut le dire, à la plantation.

En 1789, dans le comité de rédaction - j'ai interrogé tout à l'heure le Bâtonnier Favreau pour confronter mes vues historiques avec les siennes, car nous n’étions pas absolument assurés du nombre d'avocats qui ont œuvré dans le sein du comité de rédaction, et n’étions même pas tout a fait d'accord sur le nom du responsable principal: il en tenait pour Mirabeau pour l'excellence de sa plume, moi je suis convaincu que c'est le Duc de la Rochefoulcaud Liancourt qui a écrit: " Tous les hommes naissent libres et égaux en droit".

Il est aussi certain que dans la Constituante de 1789,  la représentation des avocats se trouvait être plus forte qu'à aucun moment de  notre histoire.

Quand j'entends parfois dire par certains hommes politiques qu'il est "discraciozo" d'être avocat quand on est au moins Garde des sceaux,  je rêve en pensant aux ancêtres de 1789 et je ne reprendrai pas la longue liste républicaine.

Donc, dès l'origine, il y a ce rapport très significatif entre les Avocats et les Droits Humains et - marquons dès le départ - cette simple constatation pour celui qui veut bien relire un instant le grand texte, qu'au rang des Droits humains figurent les principes essentiels des droits de la Défense .

 Dès l'origine, les droits de la défense apparaissent comme une expression des droits humains, assurément comme une de leurs garanties les plus fortes, car la présomption d'innocence,  le droit au procès public,  l'interdiction d'être arrêté en dehors de contrôle par le magistrat, et plus tard,  l'assistance de l'avocat indépendant et librement choisi., tout cela, tous ces droits de la défense et je pourrais en trouver d'autres,  sont autant d'expression des Droits Humains.

Donc, affinités  historiques mais si on me permet de le dire, affinités fonctionnelles,  liaison nécessaire,  indissociable.

A suivre...



Saturday, March 15, 2014

L' Aventure du Tour Juridique du Sénégal (1988-1992)







Ce mercredi 20 Janvier 1988 n'était pas un jour ordinaire au Tribunal régional de Tambacounda, siégeant en matière correctionnelle, sous la présidence du Juge Alioune Guéye, Mr Gora Seck occupant le banc du Ministère Public.

Pourtant au rôle de l'audience n'étaient inscrites que trois affaires, d'apparence, somme toute, banales.

Mais, la veille de l'audience, 7 jeunes avocats avaient quitté Dakar, à leurs frais, à bord d'un minibus dont les amortisseurs avaient perdu tous ressorts, pour venir offrir gracieusement leurs services de conseil et défense à toutes les parties en présence, parties civiles comme prévenus.

Pour ces avocats pionniers membres de l'Association des Jeunes Avocats Sénégalais, Tambacounda constituait la première manifestation concrète du programme dit "Tour Juridique du Sénégal".






Ce programme avait pour ambition de donner corps, à un niveau national, au concept de droit de la défense, lequel est, selon la Constitution ségalaise, " un droit absolu, à tous les niveaux de la procédure".

Pour atteindre ce but, l' AJAS, sous la présidence de Me Bara Diokhané, se proposait de prendre: faire le tour de toutes les région du Sénégal pour:

- tenir des conférences publiques en langues locales sur des problémes bien identifiés, en relation avec la problématique droits humains. Ainsi, dans la région de Tambacounda, c'est la question de l'état civil qui fut traitée, en présence des populations, des autorités locales, coutumière◙res.

 Pour l'histoire, Me Sidiki Kaba, l'actuel ministre de la justice du gouvernement du Sénégal, et originaire de Tambacounda, faisait partie de ce groupe de jeunes avocats; il  avait été désigné pour animere sa premiére conférence publique dans sa ville natale)(

- visiter les prisons et prendre en charge les affaires de longue détention

- offrir des consultations juridiques gratuites aux populations

- plaider gratuitement toutes les affaires pénales inscrites au role du tribunal.


L'éloignement, la grande chaleur, la pauvreté ont fait qu'aucun cabinet d' avocat ne s'est jamais installé dans ce chef lieu de région qui abrite un tribunal régional.
Donc l'annonce la veille par la station régionale de la radio nationale, de la présence d'avocats venus de Dakar, venus offrir gracieusement leurs services de conseil, d'assitance et de représentation, constituait un événement grandiose, et symbolique.

La premiére affaire inscrite au role du tribunal était une histoire de vol en réunion commis la nuit au préjudice de l'employeur.

Grave délit, s'il en faut, car ce délit comportait trois circonstances aggravantes:
En effet il a été commis en groupe, la nuit, et au préjudice de l'employeur.

La réunion de ces circonstances aggravantes interdit au tribunal d'accorder le bénéfice du sursis aux prévenus, qui étaient en détention depuis depuis plus de deux années.

Ce n'était pas la premiére fois que cette affaire était évoquée par le tribunal, mais à chaque fois elle était renvoyée à une autre date, car un recéleur présumé, qui habitait le village de Thiakaye, dans l'arrondissement de Bandafassi, n'a pu être touché par les citations.

"Renvoi pour citation de X, prévenu de recel dans l'affaire", allait encore dire le juge Guéye.




La région de Tambacounda est la plus vaste du Sénégal, s'étendant sur un tiers du territoire. Malgré la richesse de son sous sol, elle est la moins pourvue en services admnistratifs, judiciaires, et en infrastructures.

 Acheminer une convocation du parquet de village à village peut relever du parcours de combattant.

Encore faut il d'abord arriver à identifier correctement les protagonistes dans une région où naissances, décés, mariages ne sont pas des événements que l'on va forcément déclarer à une administration éloignée parlant une langue inconnue.

A l'audience, un avocat de l'AJAS se constitua pour les prévenus.

Aprés un long interrogatoire des prévenus, l'avocat prit la parole

-" Mr le Président, permettez moi d'émettre des doutes sur la validité de cette procédure..."

-Je vous écoute, Maitre."


-" Mr le président, je reléve dans ce dossier trois causes de nullité qui devraient vous amener à relaxer immédiatement ces individus illégalement détenus depuis presque trois ans".


 "En effet le délai de garde de vue pour les besoins d'une enquête préliminaire est de 48 heures, renouvelable sur autorisation du Parquet .Or, l'examen du dossier révéle que ces personnes ont été gardées à vue non stop pendant 90 heures, sans aucune autorisation de prolongation."


"Je reléve aussi, pour le déplorer, que les perquisitions qui ont été effectuées dans les domiciles des prévenus l'avaient été en violation des dispositions du code de procédure pénale, selon lesquelles "les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ne peuvent être effectuées sans l'assentiment exprés de la personne chez qui l'opération a lieu. Et cet assentiment doit faire l'objet d'une déclaration écrite de la main de l'intéressé. Cette formalité n'a pas été respectée"



- le procureur

"Cher Maitre, dans la pratique, il nous est impossible de respecter les formes et délais légaux, compte tenu des distances, et parfois du manque de véhicules, ou de carburant. Nous sommes obligés d'utiliser la voie des "autorisations téléphoniques de prolongation"

- le juge

Cet argument ne saurait être retenu

-l' avocat
En plus, les témoins à décharge cités par les prévenus n'ont jamais été convoqués par le juge d'instruction, alors que celui-ci est tenu de par la loi d'instruire à charge et à décharge. Ce juge n'a instruit qu'à charge, ce qui rend toute la procédure nulle, car menée en violation des droits de la défense."

Le tribunal ordonna l'annulation de toute la procédure et la mise en liberté immédiate des prévenus, détenus tout ce temps.


Au fait, que leur reprochait-on d'avoir volé? 3 baignoires en plastique, une radio, 3 bouteilles de limonade, 7 morceaux de savon, 3 flacons de poudre talc!

Le président du tribunal gratifia l'audience d'un discours où il loua l'initiative des jeunes avocats, disant qu'il ne s'était jamais senti aussi à l'aise dans sa fonction de juge; car la présence d'une défense libre et efficace rend un procès équitable, et permet au magistrat de juger en toute conscience.

Ce type d'audience, qui d'habitude était tenue de maniére expéditive à cause de l'absence d'avocats, dura trois heures d'horloge. Du jamais vu à Tamba!

Cette initiative des jeunes avocats sénégalais n'est certes pas étrangére à la mise sur pied, quelques années plus tard, d'un fonds d'assistance et d'aide judiciaire, désormais financé par l'Etat.

C'est le lieu de rappeler la contribution appréciable de la Fondation Ford, qui finança le partage de l'expérience du Tour Juridique du Sénégal avec des avocats de la sous région.