Tuesday, October 22, 2013

Sandaga: What's next? Bara Diokhané







Djibril Mambety Diop (photo Badara Diokhané)


Le mythique marché Sandaga fermé! On ose à peine y croire, tellement cette mesure urgente de sécurité et de salubrité publique, annoncée depuis une vingtaine d'années tardait à se matérialiser, malgré la détérioration évidente du bâtiment et la grave menace sanitaire.

Pour l'enfant du Plateau que je fus et demeure, Sandaga, c'est une partie de mon vécu, car durant mon adolescence, j'y allais acheter des fruits et légumes, ou de la cola, pour ma mére. J'en profitais pour monter jusqu'à la terrasse où des ballets africains qui faisaient le tour du monde conduisaient leurs répétitions. J'avais aussi un voisin guinéen dont le père, un homme austère et sévère, vendait des fruits à Sandaga., Il nous arrivait d'aller visiter son stand, espérant quelques fruits qu'il ne nous offrait jamais. Nous avions un nom de code pour lui:.

Je sais donc que le marché Sandaga a contribué au développement de mon sens du rythme, des couleurs et des rencontres.

Quel grand bonheur, quel grand honneur,quelle émotion, ce jour inoubliable où je me trouvais assis au premier rang d' un spectacle au Lincoln Center de New York, présentant les ballets africains, avec, cerise sur le gâteau, le Tambour Major, Doudou NDiaye Rose, qui en finale, dirigea un grand ensemble de percussionnistes sénégalais, nigérians, maliens, guinéens, burundais...L''unité culturelle de l'Afrique en démonstration rythmique et harmonique devant une salle comble électrifiée.

En intro du concert, Doudou avait improvisé un hommage à Amadou Diallo, le jeune Guinéen du Bronx qui venait juste de recevoir 41 coups de feu de la part de policiers  new-yorkais. (Bruce Springsteen, the Boss, réalisa plus tard son titre "41 Shots")

Les années ont passé, et de nos jours Sandaga est le véritable problème d'aménagement urbain du centre-ville de Dakar, un capharnaüm répugnant et dangereux. Un véritable cauchemar.

Selon l' influent site de destinations touristiques Lonely Planet; "le marché Sandaga est l'endroit de Dakar où vous pouvez tout acheter, tant qu'on ne vole pas votre portefeuille".

Quelle triste et préjudiciable réputation pour le Coeur de Dakar!

Le cancer a failli atteindre le stade de la métastase avec la malheureuse installation, par la Ville de Dakar, de trois sites hideux de" recasement" provisoire sur la plus mythique des artères de la capitale sénégalaise!

Fort heureusement l'Etat a pris le taureau par les cornes en inscrivant le problème de Sandaga au premier point de l'ordre du jour d'un conseil des ministres, prévenant ainsi l’avènement d'une terrible catastrophe.




 C'est au sortir d'une audience qu'avait accordée le président Abdou Diouf en 1995 à un groupe d'artistes et d'intellectuels, que la proposition de déplacer le marché Sandaga vers une autre zone fut retenue.

 Faisait partie de la délégation feu Djibril Mambéty Diop, le visionnaire cinéaste  dont l'oeuvre fut entièrement réalisée à Dakar. Djibril avait bien su vendre au président son rêve de voir le bâtiment classé abritant le marché Sandaga être restauré pour abriter un lieu culturel dit "La Maison de l'Afrique", qui serait le centre d'une zone piétonne, avec des commerces offrant le meilleur Made in Sénégal.
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Complétant le rêve, notre ami Lorenzo Pace le sculpteur new-yorkais offrit de réaliser gratuitement au carrefour de Sandaga la dyptique de son monument "Triumph of the Human Spirit" érigé devant la Cour Suprême de New York, à la porte de Wall Street.

Avec la décision courageuse et salutaire de fermeture et d'évacuation en urgence du marché Sandaga, le rêve de Djibril et Lorenzo s'approcherait t-il  du réel? Osons rêver avec eux, et le résultat sera un Dakar enfin décidé à entrer dans le 3e millénaire.


Bara Diokhané