Tuesday, October 8, 2013

Interview de Bara Diokhané avec Cheikh Ba, Rewmi Quotidien

INTERVIEW

1       
  Depuis  quelques mois,  une pétition a été déposée  à la Mairie de Dakar,  pour réclamer la suspension de l’installation spontanée d’un marché sur  la rue Mass Diokhané. Où en êtes-vous, vous, les riverains?
La pétition a été déposée depuis le 8 juillet 2013. Nous n’avons pas reçu de réponse formelle, mais on voit parfois des employés d’une compagnie UDE s’affairer sur le site. Il y a une semaine de nombreux « attributaires » de places sans doute impatients, étaient sur le site en conciliabule avec des employés de la mairie. Nous restons vigilants.

2         La municipalité voit dans le projet, une façon de recaser des déguerpis, en attendant de leur trouver un site fixe. Qu’est qui vous gêne exactement dans cette initiative qui n’est pas censée durer ?
La violation, sous mon nez, de la Constitution, du Code de l’environnement, du  Code de l’Assainissement et du Code des Collectivités Locales par une administration locale. Je suis tout de même un juriste qui avait initié, à partir des années  1987, avec l’Association des Jeunes avocats Sénégalais, le « Tour Juridique du Sénégal », à mon avis, le plus important programme de défense et promotion des droits humains dans l’histoire du Sénégal  et de la sous-région. A New York, j’ai eu un Fellowship en Social Justice Leadership, et  j’ai travaillé pendant deux ans pour le Center for Law and Social Justice à la City University of New York.. Je déteste l’injustice, et je la combats avec le Droit.

3 Il est de plus en plus question de désengorger, sinon de déplacer le marché Sandaga qui causerait plus de torts à la ville de Dakar. Souscrivez-vous  à l’idée, et qu’en attendraient les résidents de du Plateau.  ?
Le marché Sandaga constitue un Joola bis plus que potentiel. Quand j’étais enfant  ma mère m’envoyait parfois faire ses courses au marché Sandaga. J’en profitais  pour monter jusqu’à la terrasse et suivre les répétitions des ballets africains qui faisaient le tour du monde. J’y ai développé mon sens du rythme.  De nos jours aucun parent conscient n’enverrait son enfant faire des courses à l’intérieur du marché Sandaga. Il y a plus de 20 ans, il était déjà question d’évacuer  le marché Sandaga. Le cinéaste Djibril Diop Mambéty avait d’ailleurs  soumis au président Abdou Diouf, l’idée géniale de faire de ce bâtiment historique ce qu’il appelait « La Maison de l’Afrique », au centre d’une zone piétonne. Je ne  pense pas  qu’il y ait eu idée plus pertinente depuis. Moi-même j’avais , en 2002, soumis au président Wade l’idée d’ériger un monument au carrefour de Sandaga. Mon ami, le sculpteur africain américain Lorenzo Pace, dont l’œuvre monumentale « Triumph of the Human Spirit » fait face à la Cour Suprême de New York à Manhattan, était partant pour réaliser la duplique africaine de ce monument à Sandaga, et ce, gratuitement.  Malheureusement, le président Wade avait préféré son « Monument  de la Renaissance. »

 4 Dans le même ordre d’idée, la mairie parle de rénover le cadre de vie et de redistribuer l’espace urbain. Cela ne constituera  pas une occasion pour vous, de revendiquer espaces verts  et autres mobiliers urbains qui n’existent plus au centre-ville ?
La mairie parle de beaucoup de concepts. Le problème c’est qu’on ne devrait même pas être amené à revendiquer cela, parce que c’est ce qui fait une ville durable , capitale de surplus. Si on en est arrivé là, c’est que la situation est devenue alarmante.  Dakar est devenue une ville polluée : pollution atmosphérique, sonore et lumineuse, sans oublier les ordures, les mendiants, lépreux, enfants exploités, les ventes sur la voie publique, etc .  Ce n’est pas  une mairie qui méprise une pétition de plus 500 citoyens qui va nous demander notre avis sur l’organisation de notre cadre de vie. Mais ce n’est pas une raison d’abdiquer.Souhaitons que la mairie change de paradigme en réalisant que les citoyens qu’elle appelle bureaucratiquement, et avec condescendance  ses administrés sont en réalité ses mandants à qui elle rendra compte tôt ou tard. 

Juin 2002. Entre les mains du Président Wade, le projet du monument au carrefour de Sandaga proposé par Lorenzo Pace.

Cheikh Ba pour Rewmi Quotidien